fàq : le chemin de Saint-Jacques

J’ai fait le chemin du Puy à Roncevaux (partie française donc) en juillet 2011. J’étais relativement jeune (j’ai fêté mes 19 ans sur le chemin), sans aucune expérience de marche. Je ne suis pas croyant. Toutes les nuits ont été passées en gite.

Le chemin

Dans cette partie je vais essayer de présenter le chemin de manière objective, même si, forcément, ça reste mon avis. Pour un retour plus personnel, voir la dernière partie.

Le chemin est-il difficile ?

Concernant le chemin en lui-même, il est très facile. Vraiment. On peut lire des retours disant que c’est dur, mais il ne faut pas oublier qu’il est très parcouru par des gens n’ayant aucune expérience et ayant une vie sédentaire. Pour peu qu’on fasse un minimum de sport ou simplement qu’on ait la forme, il n’y a aucun souci à se faire. Les étapes les plus dures n’auront que quelques centaines de mètres de dénivelé sur un chemin toujours bon.

Justement, à quel type de chemin peut-on s’attendre ?

Malheureusement, le chemin est assez bitumé. Je n’ai pas de pourcentage en tête, mais certaines étapes se font beaucoup sur des routes, heureusement rarement très fréquentées. Certaines entrées de ville peuvent aussi être longues.

En gros il est moche ?

Non, mais il faut savoir dans quoi vous vous engagez. C’est un chemin historique empruntant des axes de communication anciens, avec les avantages et les inconvénients que ça comporte. En plus de ça, comme tout chemin de randonnée, certaines partie sont plus belles que d’autres.

Pourquoi le faire ?

Pour moi, le principal atout de ce chemin est les rencontres magnifiques qu’il permet de faire. Partir seul et se forger un cercle de connaissances qu’on perd et retrouve au gré de la marche est quelque chose de fort et indéscriptible.
En plus de ça, le chemin offre une introduction intéressante à la marche au long cours. Il est facile et beau, pour peu que vous recherchiez la civilisation plus que la nature sauvage.

Pour résumer

Je le conseille pour les personnes qui :

  • aiment rencontrer d’autres personnes
  • aiment les chemins chargés d’histoire(s)
  • aiment les vieilles pierres et les villages typiques
  • n’ont pas d’expérience de la marche
  • veulent un sentier sympa et pas prise de tête

Inversement, je le déconseille si :

  • vous recherchez la performance sportive
  • vous voulez la solitude
  • vous préférez la nature aux traces humaines

Le balisage

Le balisage est très bon. Des cartes sont quasiment inutiles. À l’ère des smartphone, les topos sont dépassés (voir section équipement).

La météo

On peut tout avoir. J’ai entendu parler de neige dans les Asturies (en Espagne) en plein mois d’août. Globalement, le sentier en France va vers le sud, donc la météo n’est pas trop un problème. Après, on n’est jamais à l’abri d’une mauvaise année…

Les nuits

Quels sont les gites qu’on peut trouver ?

En gros, il y a deux grandes familles de gites :

  • les gites communaux : généralement les moins chers, ils offrent tout le confort nécessaire mais pas toujours de repas. Il n’y a pas toujours de gardien (enregistrement et paiement à faire à l’office de tourisme pour certain, par exemple).
  • les gites privés : ça va du plus simple au gite grand luxe. Généralement, l’accueil y est bon, les gardiens étant des passionnés du chemin avant d’être des commerciaux. Enfin, ça c’était avant le succès grandissant du chemin…

À quoi ça ressemble ?

Forcément, ça dépend du gite, mais en gros il y a un ou plusieurs dortoirs (rarement plus de 10 par dortoir en France, beaucoup plus en Espagne). Les douches et WC sont bien entendu en commun.
En France, les couvertures sont fournies ; en Espagne, pas toujours.

Les horaires

Généralement, les gites ouvrent dans l’après-midi, et il faut le quitter avant le milieu de matinée.

Faut-il réserver ?

Je conseille de réserver la première nuit (au Puy, généralement) quelques jours en avance. Au passage, demander le taux de remplissage pour se faire une idée.
Je ne réservais jamais, et ça ne m’a posé problème que trois fois : une fois dans une variante, une fois parce qu’un gite avait fermé, et une fois parce que pas de chance. À chaque fois, il a été assez simple de trouver une solution. Dans tous les cas, je déconseille de réserver plusieurs jours en avance, ça enlève la possiblité de vivre le chemin tel qu’il vient.

Combien ça coûte ?

En moyenne, entre 10 et 15€ pour la nuit avec la douche. Les gites du début sont moins cher, et les prix augmentent un peu quand on approche des Pyrennées.
En Espagne, les Albergues sont plus entre 5 et 10€.

La cuisine

Tous les gites (sauf un, dont je reparlerai plus bas) offrent un coin cuisine avec tout le nécessaire pour se préparer des repas gastronomique (i.e. des plâtrée de pâtes :p ). L’utilisation est incluse dans le prix de la nuit.
Bien entendu, il faut que la vaisselle soit faite au moment de partir.

Les repas

Certains gites (les privés) proposent la demi-pension. Je n’ai pas grand chose à dire dessus, sinon qu’il est plus rentable de se faire ses propres repas. 😀

L’équipement

Le maitre mot pour ne pas transformer son chemin en chemin de croix est « légéreté ». Il faut accepter de faire des compromis, de changer quelques habitudes et de perdre ce qui peut sembler être du confort élémentaire. C’est comme ça, et uniquement comme ça, que le chemin sera pleinement vécu, et surtout qu’il sera bien vécu.

J’ai peur de me tromper…

Aucune liste n’est parfaite. Mais sur le chemin, il est très facile de remplacer un objet. On traverse réguliérement des villages avec des magasins qui dépannent, et même certaines villes avec des grands magasins.
En cas d’hésitations pour un objet, je conseille de le laisser à la maison, quitte à le racheter en route. Ça permet de faire l’essai de vivre sans et donc de se pousser à s’adapter. Faire l’inverse (partir avec) est à mon avis moins efficace pour remettre en question sa liste, car on ne fera pas d’effort pour faire sans.

Que prendre comme chaussures ?

Ah, les chaussures. LA pièce maitresse de l’équipement. J’avais fait l’erreur de prendre des grosses de montagne. Ridicule. Des chaussures ultra-basiques (basket de running premier prix) font largement l’affaire, quitte à aller lentement dans les (très rares) pentes mouillées rencontrées.
Les sandales, ça peut le faire. Je n’en ai jamais utilisées, mais certains en parlent. En tout cas, si y’a un chemin où on pourrait les prendre, c’est bien celui-ci.

Quelle tenue pour marcher ?

Pour la marche, il faut une tenue déjà testé. Je conseille le synthétique, qui sèche vite et qui est donc pratique à laver.
Je suis un adepte du short (de running, c’est parfait et fait pour), d’autres préfèrent le pantalon.

Faut-il un change ?

Une seule tenue lavée tous les jours ou tous les deux jours suffit. Si vous en prenez plus, faut pas se leurrer, la lessive ne sera faite que quand il n’y aura plus rien de propre, donc ça revient au même.

Et pour le soir ?

Prévoir une tenue légère pour le soir, après la douche. Un jogging ultra-léger (en toile) et un t-shirt suffisent. Pas la peine de faire gaffe à son apparence, tout le monde est logé à la même enseigne. 😉

Pour les soirées et les nuits, il faut prévoir :

  • des tongs ou sandales légères.
  • un nécessaire de toilette réduit au minimum : serviette micro-fibre (recoupée si possible), savon/shampoing, brosse à dent + dentifrice.
  • le drap de soie (sac à viande) : obligatoire dans les gites. Bien le prendre en soie, c’est plus léger et plus agréable.
  • des bouchons d’oreille : un dortoir, ça peut être bruyant.

Selon votre capacité à dormir, il peut être intéressant de prendre un cache-yeux (comme dans les avions).

Pour la partie française, le sac de couchage est complétement inutile. En récupérer un pour la partie espagnole (par exemple à St-Jean pied de port) sans le porter tout du long est donc la chose la plus intelligente à faire. Vous pouvez utiliser la poste restante ou l’envoi dans un gite (avec accord préalable avec le gardien). Une sac de couchage léger et peu chaud (10°, voir 15°) suffit.

Faut-il prendre un livre ?

Ça dépend de vous. J’étais parti sans livre, mais j’en ai rapidement acheté un, car j’arrivais assez tôt aux gites, souvent avant les autres marcheurs. Dès que les gens commencaient à arriver, je laissais le livre de côté.

Depuis, je suis passé à la liseuse, qui a quand même beaucoup d’avantages par rapport au livre dans le cadre de la marche. C’est une solution à envisager sérieusement, surtout si vous aimez lire. Un smartphone n’est, pour moi, pas adapté à la lecture (sauf si c’est pour lire une petite demi-heure par-ci, par-là).

Faut-il prendre un appareil photo ?

Là encore, ça dépendra de la sensibilité de chacun. J’en prends un systématiquement, et je ne me vois pas faire sans. Pas la peine de s’encombrer d’un reflex, un APN fait largement l’affaire pour des photos souvenirs. Les smartphone actuels peuvent aussi prendre des photos plus que correcte.

Et la batterie dans tout ça ?

Il est possible de recharger ses appareils tous les soirs, en gite. Si vous prenez plusieurs appareils (smartphone, APN, liseuse, etc.), essayez de les prendre de façon à avoir un seul chargeur, par exemple de type micro-usb.

La logistique

Comment se ravitailler ?

Ceci est une non-question : le chemin passe par des villages avec supérettes et boulangeries tous les jours ; quasiment toutes les nuits se feront aussi à proximité du nécessaire. Donc, à part pour les dimanches, il n’y a aucune raison de porter plus d’une journée de nourriture. Pour plus de détails sur les possibilités de ravitaillement, vous pouvez utiliser des topos spécifiques (voir plus bas).

Faut-il prendre un topo ?

J’étais parti avec deux topos, comme la plupart des marcheurs à l’époque :

  • un topo pour la marche : il détaille les étapes, donne des conseils et des indications pour suivre le chemin. Ne pas prendre les topos de la FF Rando, ils sont cher et coupés en plein de parties qu’il faut acheter séparément.
  • le miam-miam-dodo : la bible, qui permet d’avoir des renseignements (horaires, situation, prix) concernant tout ce qui peut aider le marcheur (gites, supérettes, boulangeries, etc.).

Depuis, les choses ont bien changé avec l’avénement du smartphone à tout faire. Le sentier étant très bien balisé, il est possible de partir sans topo pour la marche, en se servant s’il le faut du smartphone (GPS, Google Maps, géoportail, Iphigénie) pour s’orienter. Il doit être possible de trouver des sites qui donnent les renseignements sur les étapes (kilométrage, dénivelé) que vous pouvez consulter le soir pour le lendemain.

Pareillement, le miam-miam dodo peut être remplacé par la consultation d’internet. Il existe même une version en ligne ici.

S’il faut prendre un topo, c’est bien le miam-miam dodo. Ceci dit, tout le monde le prend, donc il est facile de l’emprunter en soirée si jamais vous n’arrivez pas à trouver ce que vous voulez sur internet. 😉

La credential, késaco ?

Aussi appelée « carnet du pélerin », la crédential est un bout de papier sur lequel un tampon est appliqué à chaque étape. Plusieurs raisons font qu’il est difficile de partir sans :

  • il est obligatoire pour certains gites en France ;
  • il est obligatoire pour toutes les albergues en Espagne ;
  • c’est grâce à lui qu’on obtient le « diplome du pélerin » à Santiago ;
  • c’est quand même un bon souvenir. 😉

Pour se le procurer, plusieurs méthodes. Si vous êtes croyant/pratiquant, vous pouvez passer par votre diocèse. Sinon, le plus simple est de se rendre à une permanence de l’association des Amis du chemin de Saint-jacques (il y en a une au Puy, pratique), et d’en prendre une contre une cotisation (moins de 10€).

Quel budget prévoir ?

Vaste question… Bien entendu, tout dépend de comment vous vivrez votre chemin.

En 2011, j’avais en moyenne payé 13€ par nuit. À cela, ajouter la nourriture et les dépenses imprévues (pharmacie, remplacement, etc.). Enfin, vous vous ferez certainement plaisir de temps à autres (restos, etc). Tout ça vous donne votre budget. Désolé, je ne peux pas être plus précis. 😉

Faut-il tenir un carnet de bord ?

Je n’avais pas tenu de carnet, et je le regrette. Depuis, toutes mes sorties fon tl’objet d’un retour (c’est la raison d’être de ce blog), et c’est vraiment agréable de pouvoir relire et revoir des retours et photos légendées d’anciennes randos.

Certains marcheurs tiennent un carnet tous les soirs. Je pense que c’est une bonne idée, surtout qu’au final ça ne prend pas tant de temps que ça. Mais comme toujours, ça dépend de ce que vous voulez.

Ce que j’en pense

Pourquoi être parti ?

À l’époque, j’étais en prépa, mais moi et le travail de forcat, ce n’est pas une grande histoire d’amour. Durant l’année j’ai donc décidé de m’octroyer un bon été. Je ne sais plus comment j’ai eu l’idée de faire le chemin, mais j’ai décidé ça vers décembre et je m’y suis tenu. Je ne l’ai pas regretté.

Quelles sont les plus belles étapes ?

Sur cette question, il semble y avoir consensus : la première partie, du Puy à Conques, est de loin la plus belle en France. Mention spéciale pour l’Aubrac, magnifique et sauvage.

Quelles sont les étapes les plus marquantes ?

Une petite liste non exhaustive des étapes qui ressortent plus que les autres dans mes souvenirs :

  • le départ du Puy : faut-il vraiment détailler ?
  • l’arrivée sur Conques : l’un des plus beaux villages traversés, une nuit dans un monastère, un concert d’orgues… Faut-il en dire plus ?
  • Cahors : c’est la moitié (en France), c’est ici que se rejoignent plusieurs variantes, et c’est ici que les marcheurs font une pause (souvent) et se retrouvent. Avec en plus un festival de jazz quand j’y étais, parfait.
  • Saint-Jean pied de port : comme pour le Puy, dois-je vraiment expliquer ?
  • Roncevaux : la traversée des Pyrennées se fait en une journée, c’est l’autoroute… Mais quelle ambiance !

Des gites à déconseiller ?

Oui, un ! Je le déconseille tellement que j’ai créé cette question rien que pour lui. Il s’agit du gite Gaineko Etxea. Le couple propriétaire n’en a que faire du chemin, il veut juste se faire de l’argent. C’est d’ailleurs pour ça qu’il a rendu la demi-pension obligatoire (l’arnaque, 39€ la nuit au lieu de 13€ habituellement). En plus de ça, il propose des « animations » (type chants basques) qui font passer les marcheurs pour de vulgaires touristes du club Med. Ils sont tellement aimables qu’ils prennent les credentials à l’arrivée et ne les redonnent qu’au départ, pour éviter les mauvaises surprises…

Et la suite ?

Quand je me suis arrêté à Roncevaux, je me suis promis de finir le chemin. Depuis, je me suis mis à la randonnée en montagne, et il faut avouer que ça correspond plus à ce que je recherche. Je terminerai donc le chemin si j’en trouve le temps, et peut-être d’une manière différente (en doublant les étapes, en vélo, ou que sais-je ?).

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